4 mai 1992. Jacques Mariot, alors président de l’ESB, décide de la séparation du club en deux filières séparées. L’Entente Sportive Besançon Féminin voit alors le jour, 22 ans après la création du club mixte original, dirigé pendant de nombreuses années par la famille Demouge, Michel et Colette en tête. Avant cette séparation, la filière féminine de l’ESB connait un passé glorieux, notamment avec une participation aux quarts de finale de la Coupe d’Europe en 1984 et un titre de Championnes de France en 1988. En plus des parents sur le banc, on retrouvait sur le terrain, la fratrie Demouge dans son ensemble, avec Joëlle, Martine, Marielle et Annick. Trente-huit ans plus tard, Martine est vice-présidente et trésorière du club, Annick est membre du bureau directeur, tandis que Joëlle fait les beaux jours de la Ligue de Bourgogne Franche-Comté, et du Beach handball national.

Malgré cette réussite à l’échelle nationale et européenne et l’ancrage bisontin dans le paysage handballistique français, au printemps 1992, il est temps d’agir. La cohabitation entre les filières masculine et féminine ne fonctionne plus, et aucune des deux n’arrive à s’exprimer à sa juste valeur. Il est alors temps de se séparer, pour que chacune des deux équipes fanions puisse progresser dans son championnat respectif, et que les clubs poursuivent leur structuration personnelle. L’ESB se sépare donc le 4 mai 1992, et naissent ainsi l’ESBM (devenu GBDH) pour la filière masculine, et l’ESBF pour la filière féminine. Cette scission, sous l’impulsion du Président Mariot, soutenu par les collectivités et les sponsors locaux, permet alors au club de reprendre pleinement son développement et sa structuration. Il y avait la famille Demouge, il y a désormais la famille Mariot, et les deux travaillent alors activement à installer le nouveau club bisontin comme une des places fortes du handball féminin.

Rapidement, l’ESBF retrouve son rayonnement national, et la rivalité avec le Metz Handball, confrontation historique du handball féminin encore aujourd’hui, s’installe dans les années suivantes. La volonté du Président Mariot est claire : axer les efforts du club sur la formation, et recruter quelques stars de l’Équipe de France. Il met alors en place la “règle des tiers” : un tiers de joueuses du cru, un tiers de l’Équipe de France, et un tiers de joueuses étrangères. C’est ainsi que l’on retrouve, sous les couleurs bisontines, des grands noms tels que Valérie Nicolas, Véronique Pecqueux Rolland, Raphaëlle Tervel, Sophie Herbrecht ou encore Myriame Said Mohamed. Au-delà du maillot bisontin, toutes ces joueuses portent aussi ensemble le maillot bleu, et participent à de nombreuses épopées internationales, à l’image du mondial norvégien de Lillehammer, où les Françaises s’inclineront en finale. Le “troisième tiers” étranger est constitué de Carmen Amariei, alors considérée comme la meilleure joueuse du monde, ou encore de Svetlana Antic.

L’hégémonie bisontine sur le handball français, dans un strict partage avec Metz, dura jusqu’en 2009. Pendant ces 17 saisons, seules ces deux équipes gagnèrent alors des championnats nationaux. La saison 2002-2003 marquera inexorablement l’apogée de la domination bisontine, et nul doute que les plus fidèles suiveurs du club en gardent des souvenirs intacts. Cette saison, l’ESBF ne laisse de part du gâteau à personne, ni même une seule miette. Engagée dans quatre compétitions différentes, l’équipe bisontine alors entraînée par Christophe Maréchal (actuel directeur sportif de la JDA Dijon) rafle les quatre titres, en remportant le championnat de France, la Coupe de France, la Coupe de la Ligue et la Coupe des Vainqueurs de Coupes Européennes. Le club bisontin devient le seul club français à réaliser un quadruplé, et le deuxième club vainqueur d’une Coupe d’Europe, deux ans après Nîmes.

Même si cette saison reste la plus belle de l’histoire du club, elle marque également un tournant dans son histoire. Peu importe le “tiers” auquel elles appartiennent, les joueuses bisontines prennent de la valeur, et l’ESBF n’est alors plus en capacité de conserver ses stars, qui quittent alors les bords du Doubs par vague successive. La descente aux enfers du club bisontin est alors inéluctable, puisque les joueuses quittent le navire, et les finances du club font aussi défaut. Si le dépôt de bilan est évité un peu par miracle, mais surtout par l’audace de l’équipe dirigeante (notamment avec Laurent Maillard, président de cette époque et Marcel Jeune, trésorier), la dégradation de la situation du club est totale, si bien que les instances fédérales décident de sa relégation en deuxième division, malgré sa qualification européenne acquise sur le terrain. L’ESBF est au bord du gouffre, 16 joueuses quittent le club, et Jan Basny, alors entraîneur, doit être limogé pour raisons financières.

Mais il est impossible de laisser ce club historique du handball français disparaître, et l’opération reconstruction débute alors aussitôt. Stéphane Delerce, Patrick Décimo et Joëlle Demouge reprennent – bénévolement – les rênes de l’équipe. Dans un Palais des Sports plein à craquer, elles parviendront à décrocher leur remontée dans l’Élite lors de la dernière journée et, ironie du sort, se qualifieront jusqu’en quart de finale de Coupe d’Europe. Le club tentera par la suite de maintenir sa restructuration, tant sportive que financière. Si la situation comptable tend vers le vert au milieu des années 2010, la jeune équipe entraînée par le duo Camille Comte / Florence Sauval ne peut empêcher la descente en deuxième division, à la fin de la saison 2012-2013. Mais comme en 2009, l’ESBF ne végétera pas très longtemps à l’échelon inférieur, puisqu’elles obtiendront un nouveau ticket pour l’élite dès la saison 2013-2014.

On compte alors déjà dans les rangs bisontins des joueuses issues de la formation bisontine, telles que Chloé Valentini, Marine Dupuis, Sabrina ZazaÏ ou encore Alizée Frecon-Demouge. Le club, attaché à son histoire et à son aspect familial, prend une autre tournure en 2015, lorsque le duo Tervel – Mariot est nommé à la tête du club. D’abord joueuses, au palmarès national et international long comme le bras, les voici désormais entraîneuses. À la tête de l’équipe fanion du club repris par les présidents Weber puis Hournon, les deux anciennes Bleues parviennent alors à maintenir l’équipe en première division, lui offrant même un retour en Coupe d’Europe en 2017. Au-delà de cette réussite sportive, l’ESBF s’inscrit également comme l’un des meilleurs Centres de Formation de France, aux côtés de Metz. On retrouve alors, parmi les joueuses formées au club, certains noms comme Cléopâtre Darleux encore Alice Lévêque. La jeune génération arrive aussi en force, avec l’émergence de Roxanne Frank, Lucie Granier et Juliette Faure, pour ne citer qu’elles.

Depuis, la Covid est passé par là, mais l’ESBF a poursuivie son aventure vers les sommets. Pour sa dernière saison à la tête du club, le duo Tervel – Mariot amène son équipe à la troisième place d’un championnat de France dominé par Metz et Brest. Cette troisième place signifie également une qualification pour la Coupe d’Europe, après en avoir été sevré lors de la saison 2020/2021. Jusqu’ici responsable du Centre de Formation, Sébastien Mizoule reprend les commandes d’une équipe recomposée, amputée de Chloé Valentini, Aïssatou Kouyaté, Maria Nuñez ou encore Lara Gonzalez. Ce nouvel effectif parviendra rapidement à prendre ses marques en déjouant les pronostics peu optimistes, et décrochant de très bons résultats au cours de cette saison 2021/2022. Pour les trente ans du club, l’ESBF disputera ainsi une finale de Coupe de France, après un quart de finale de Coupe d’Europe, et une bataille pour le podium en Championnat de France. Trente ans plus tard, les familles créatrices du club s’illustrent toujours dans sa réussite, notamment avec la présence d’Alizée Frecon-Demouge et de Clarisse et Juliette Mairot. Un immense merci à tous ceux qui font vivre, où on fait vivre le club depuis ces 30 dernières années : bénévoles, partenaires, dirigeants, licenciés, … Joyeux 30 ans ESBF !

NB : Pour cette 30ème année, cette saison, les joueuses portent sur leur maillot un écusson en mémoire des 30 ans du club.

© Est Républicain & ESBF